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NOISE NOT MUSIC

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Froid Solaire offre une expérience à la fois intime et colossale, comme si des événements sonores microscopiques, tels des réactions finement calculées sur une paillasse de laboratoire, étaient décuplés (Anton Mobin vient immédiatement à l'esprit, bien sûr).

Pourtant, dans cette amplification, l'arsenal de matériaux manuels exploité par le duo fraîchement formé de Pascal Battus et Magali Sanheira – micros, objets, appareils, effets, et bien plus encore – acquiert une dimension industrielle imposante, avec des grincements souterrains et des grincements de machines qui semblent hanter les recoins obscurs d'une usine oubliée.

Les larsens stridents évoquent un terrible dysfonctionnement imminent ou une soupape de vapeur qui explose ; les petits coups percussifs se transforment en gestes monstrueux, capables de faire trembler la terre ; et les crissements de tôle captés par un micro de contact deviennent le hurlement assourdissant d'un gigantesque mécano-léviathan raclant ses écailles démesurées sur un sol en béton fissuré.

Et comme si l'atmosphère n'était pas déjà suffisamment angoissante, l'enregistrement live ambiant, qui contribue sans aucun doute à l'impression d'immensité qui se dégage de ces morceaux, capte également les petits bruits presque hallucinatoires d'un public agité: des pleurs d'enfants, des sièges qui bougent, quelques toux (autant de choses qui m'obligeaient à retirer constamment mes écouteurs et à tourner la tête comme un idiot).

Cet album ne serait pas ce qu'il est sans cette approche, cependant, et ces distractions fugaces en valent la peine – et, pour voir le bon côté des choses, un rappel réconfortant, voire essentiel, que cette musique est faite par des êtres humains, et non par des machines.

SOURCE: Noise Not Music